Hè !, hè bè ! : Interjections provençales. Hè est la stricte traduction du hein présent dans
le français populaire, et hè bè traduit le français hé bien.
Il est à noter que l’accent est toujours aigu, et que le hé bé que l’on entend à la télévision
est dû à une méconnaissance (volontaire ?) du terroir linguistique provençal…
<< Tu viens avec moi au stade, hè ? que j’ai acheté deux places… >>
<< Ginette et Toinou vont se marier ? hè bè, il était temps, ça fait trois ans qu’y fréquentent*. >> * flirtent
LETTRE I
(1 mot)
Inquiète ( t’ ) : Mise en garde rassurante, façon de dire ne te fais pas de souci :
<< -Tu sors en mer avec ce temps ?... –T’inquiète, j’ai appelé la Capitainerie… >>
Utilisé avec le suffixe que, l’avertissement est plus menaçant :
<< Ah oui, y veut plus me prêter sa voiture ?...
t’inquiète que, quand y voudra la mienne, y pourra aller à dache*… >> * voir à D
LETTRE J
(3 mots)
Jardin : Nom masculin qui est encore un héritage direct d’un mot provençal.
En extrapolant un peu, on peut même dire que le garden anglais est une traduction
du mot provençal jardin, et qu’une garden party n’est autre qu’une fèsto de jardin…
Jeune : Interjection méridionale utilisé comme substantif, souvent remplacé par blond…
<< Oh jeune, t’as pas un billet pour le match ?… >>
Jobastre, jobastron : Adjectif rendu célèbre par Marcel Pagnol,
désignant un individu imprudent, téméraire, casse-cou :
<< Mais il est jobastre ce petit, regarde-moi comme y fonce sur ses rollers… >>
Peut aussi désigner celui dont les facultés mentales laissent quelque peu à désirer :
<< T’associer avec Gérard ? Oh pauvre*, avec ce jobastre, mèfi*… >> * voir à P et M
LETTRE K
(1 mot)
Kyrielle : Originaire du grec, ce mot a transité au 1er millénaire par le provençal
avant de devenir français… Il s’utilise pour exprimer un grand nombre,
synonyme du mot féminin marseillais palanquée (voir à P) :
<< - Hier soir, le PéAisseGé, y se sont prit une kyrielle de buts… - Ouais, une vraie palanquée… >>
LETTRE L
(4 mots)
Lancer : Verbe français employé à Marseille à la place du verbe élancer.
Le sens de l’économie méridionale a donc encore frappé :
<< Je me suis bugné* contre la table, et depuis, ça me lance, tu peux pas savoir… >> * voir à B
Languir (se) : Si le sens français de se verbe est être maladif,
à Marseille le sens serait plutôt souffrir de l’absence :
<< Depuis qu’il est parti en voyage, elle se languit du retour de son jules… >>
ou s’impatienter d’une heureuse éventualité :
<< Le petit Jeannot se languit de Noël pour avoir ses cadeaux… >>
Sans son pronom, languir, c’est s’ennuyer :
<< L’autre jour, au cinéma, le film était tellement mou que je languissais… >>
Longue (de) : Adverbe francisé tiré du provençal de longue, sans arrêt, sans discontinuer.
<< Pas étonnant qu’y soit fada, y regarde la télé de longue… >>
Loup (voir péter le) : Cette locution devenue un peu désuète est si cocasse que je n’ai pu
en faire l’impasse dans ce lexique. Elle s’employait en effet quand on voulait parler
d'une jeune fille dont la virginité n’était déjà plus qu’un souvenir :
<< Ce pauvre Maurice, il croit fréquenter avec* une jeune fille modèle, * voir à F
mais la Monique, y a longtemps qu’elle a vu péter le loup… >>
Cette expression imagée est a rapprochée du n’avoir pas peur du loup. Celui-ci étant un animal
effrayant dans l’esprit populaire, la jeune fille qui n’en avait pas peur, donc audacieuse, pouvait
vivre sa vie sans souci du qu’en-dira-t-on. Si elle n’a pas peur du loup, elle a donc dû le voir péter…
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